L’identification du travail en hauteur constitue une étape fondamentale dans la prévention des risques professionnels liés au bâtiment ou à l’entretien technique. La compréhension des référentiels réglementaires et des pratiques de terrain reste indispensable afin d’adapter les équipements de protection lors de travaux sur une échelle, un échafaudage ou encore une nacelle.

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ToggleÀ partir de quelle hauteur considère-t-on un travail comme étant en hauteur ?
Pendant longtemps, on se référait à un seuil « symbolique » d’environ trois mètres pour parler de travail en hauteur. En réalité, la réglementation française ne fixe pas de limite précise en termes de mètres pour définir un chantier « en hauteur ». Ainsi, la notion de prise de risque prend le pas sur l’élément objectif de la distance verticale par rapport au sol. En pratique, tout poste où une personne peut être exposée à une chute potentiellement grave requiert une réflexion sur les solutions de sécurisation, même lorsque la hauteur semble modérée.
Malgré cette souplesse législative, certaines valeurs de référence sont utilisées dans le secteur. Sur les échafaudages, installer un garde-corps devient obligatoire au-delà de 2 mètres. Pour les interventions à l’échelle ou sur les escabeaux, les analyses montrent que des accidents graves peuvent se produire dès 1 mètre, notamment si la stabilité ou la planéité du sol ne sont pas garanties.
Critères de définition et analyse des conditions de travail
Plusieurs paramètres entrent en jeu dans la qualification du travail en hauteur sur un chantier. Ces critères englobent la nature du support porteur, la durée de l’intervention ainsi que l’exposition ponctuelle ou prolongée au risque de basculement. Dans cette optique, il convient de s’intéresser autant à l’environnement immédiat qu’à la hauteur elle-même.
Un environnement accidenté, la présence d’ouvertures dans le plancher ou encore des équipements encombrants augmentent le niveau d’attention exigé. Une approche basée sur l’observation complète la considération de la hauteur effective, ce qui permet d’anticiper l’apparition de situations dangereuses non prévues initialement lors de l’installation des moyens d’accès.
Influence du matériel utilisé
Le type d’équipement conditionne directement la gestion du risque. L’usage d’une échelle impose par exemple des règles strictes, surtout lorsque le point d’appui ou d’ancrage ne garantit pas une stabilité totale. Dès lors qu’il existe la possibilité de chute, même faible, des dispositions spécifiques doivent accompagner la progression sur ces dispositifs.
La réglementation rappelle d’ailleurs que les échelles, escabeaux et marchepieds ne devraient pas être utilisés comme postes de travail, sauf lorsque l’évaluation des risques conclut à un risque faible pour une tâche courte et non répétitive. Dans ce cas, il reste indispensable de conserver en permanence trois points d’appui (deux pieds et une main) et de réserver ces équipements à des interventions de faible hauteur, sur un sol plan, stable et dégagé.

Le recours à des plateformes telles que les échafaudages nécessite une adaptation progressive des protections en fonction de la hauteur atteinte et de la complexité de l’environnement (présence d’autres intervenants, outillage encombrant). Les configurations mixtes combinant plusieurs types d’accès nécessitent une coordination particulière pour offrir une continuité de sécurité pendant toute la phase de travaux.
Les facteurs aggravants
Certaines zones, difficilement accessibles ou exposées à des éléments extérieurs (vent, humidité), rendent la tâche plus périlleuse, peu importe la hauteur mesurée. Les interventions sous toiture, le long de façades inclinées ou près de trémies exigent le recours systématique à des solutions complémentaires, comme le balisage au sol ou le port du harnais, même à faible altitude.
Des études récentes montrent que la plupart des incidents liés au travail en hauteur surviennent à moins de trois mètres du sol. Ce constat met l’accent sur la nécessité d’appliquer une grande vigilance partout où un déséquilibre peut entraîner une chute, indépendamment du chiffre associé à la hauteur.
Les surfaces fragiles et le risque de passage au travers
Certaines situations restent sous-estimées alors qu’elles concentrent de nombreux accidents graves : c’est le cas des interventions à proximité ou au-dessus de surfaces fragiles, comme les plaques de fibrociment vieillissantes, les tôles corrodées, les lanterneaux ou des verrières.
Ces éléments peuvent céder brutalement sous le poids d’un opérateur, même lorsque la hauteur de chute semble relativement limitée. Si vous travaillez sur ce type de support, vous devez prévoir des cheminements protégés, des garde-corps en périphérie ou des dispositifs de recueil (grilles, platelages, filets) et signaler clairement les zones où la circulation est interdite.
Réglementation et obligations des employeurs sur le chantier
En France, la responsabilité de la prévention revient prioritairement à l’employeur. Conformément aux principes généraux définis par les articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du Code du travail, celui-ci doit d’abord privilégier les (EPC) équipements de protection collective (garde-corps, filets, planchers intermédiaires). Et ne recourir aux (EPI) équipements de protection individuelle (harnais, longes antichute) que lorsque la mise en place d’une protection collective est techniquement impossible ou limitée à une intervention ponctuelle.
En pratique, ces exigences s’appuient notamment sur le décret n° 2004-924 du 1er septembre 2004 relatif aux travaux temporaires en hauteur, dont les dispositions sont désormais codifiées aux articles R. 4323-58 et suivants du Code du travail. L’article R. 4323-58 rappelle ainsi que les travaux en hauteur doivent être réalisés à partir d’un plan de travail conçu, installé ou équipé de manière à préserver la santé et la sécurité des travailleurs.
Dès lors que les barrières collectives ne suffisent pas, le port d’un équipement de protection individuelle devient impératif. Le choix des matériels (harnais, longes antichute, points d’ancrage) est déterminé selon l’analyse préalable des postes exposés au risque de trébuchement ou de glissade.
Les situations de travail en hauteur repérées lors de cette analyse doivent également être intégrées au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cela permet de formaliser les mesures de prévention retenues pour chaque poste exposé et de suivre leur mise à jour au fil des évolutions du chantier ou de l’organisation.
Le cas particulier des nacelles élévatrices et des plateformes mobiles

L’utilisation des nacelles élévatrices présente paradoxalement des avantages et des contraintes. Bien gérées, elles réduisent le danger par rapport au recours aux échelles, grâce à leur stabilité intrinsèque et à la possibilité de déplacement contrôlé. Toutefois, une formation certifiante comme le CACES PEMP doit précéder toute utilisation, afin d’assurer la maîtrise des manœuvres en situation réelle.
Lors d’un usage quotidien en site industriel ou urbain, le conducteur doit vérifier le réglage des points d’attache du harnais ainsi que la conformité du système anti-chute intégré à la nacelle. Un contrôle visuel du sol, de l’encombrement périphérique et de la météo fait partie des procédures systématiques pour limiter le risque de basculement.
Les équipements nécessaires et les bonnes pratiques
Les principaux dispositifs de sécurité à prévoir varient selon la typologie du chantier :
- Installation de garde-corps rigides ou amovibles autour des zones de travail surélevées.
- Utilisation de harnais antichute connectés à des points d’ancrage homologués.
- Mise à disposition de plateaux stabilisateurs pour les supports mobiles.
- Vérification régulière des outils de levage et de maintien au sol.
À savoir que : sur un plan de travail, un garde-corps complet comprend en principe une main courante située entre 1,00 et 1,10 m de hauteur, une lisse intermédiaire à mi-hauteur et une plinthe de butée d’environ 10 à 15 cm pour limiter aussi la chute d’objets vers le niveau inférieur.
Outre le matériel lui-même, la sensibilisation des opérateurs via des sessions de formation contribue à diminuer notablement les comportements à risque et favorise l’intégration des gestes préventifs dans la routine quotidienne.
Risques particuliers des interventions à faible hauteur et recommandation d’approches préventives
Les accidents survenant lors d’interventions à moins de deux mètres illustrent l’importance d’élargir la notion de travail en hauteur. Les lésions enregistrées sur ce type de postes résultent fréquemment de négligences courantes : sols instables, faux mouvements ou choix d’un équipement inadéquat pour le type de tâche.
Quelques chiffres clés sur les chutes de hauteur au travail :
- En 2019, environ onze pour cent des accidents du travail ayant entraîné au moins quatre jours d’arrêt étaient liés à une chute de hauteur. (INRS)
- Les chutes de hauteur représentent la deuxième cause d’accidents du travail mortels, juste après le risque routier. (INRS)
- En 2021, elles comptent pour environ douze pour cent des accidents du travail avec arrêt et ont provoqué plus de quatre-vingts décès sur l’année, tous secteurs confondus. (Ministère du Travail et des Solidarités)
- Dans le BTP, les chutes de hauteur restent la première cause d’accidents graves et mortels, ce qui en fait un risque prioritaire sur les chantiers. (OPPBTP)
- En 2019, plus de seize pour cent des chutes entraînant une incapacité permanente étaient liées à l’usage d’une échelle ou d’un escabeau, ces équipements figurant parmi les premières causes de chutes graves au travail. (INRS)
Pour renforcer la sécurité, il faut veiller à contrôler l’état du matériel avant usage, et à adapter la posture selon la nature du support rencontré. Prendre le temps d’aménager une zone temporaire protégée, quelle que soit la hauteur, participe à la réduction globale du risque de chute durant les opérations de maintenance ou de pose de matériaux.

